samedi 7 mai 2011

Etre une mère aux Etats-Unis

www.photo-libre.fr
Depuis plus de trois semaines maintenant, on ne peut plus y échapper. Il y a la publicité dans les magazines, à la radio et à la télévision, les vitrines des magasins et des restaurants et enfin les cachoteries des enfants. Une multitude de petits messages qui vous font comprendre que vous allez bientôt être la reine de la journée. Eh oui, dimanche 8 mai c’est la fête des mères aux Etats-Unis. Cette invention américaine se célèbre beaucoup plus tôt ici qu’en France. Mais ce n’est pas la seule différence, car la maman est une véritable institution aux Etats-Unis.

Au pays de l’oncle Sam, la mère a un statut important et reconnu dans la société. Pour les américains, il n’y a pas de plus beaux métiers au monde. On appelle souvent les mères américaines des « soccer moms » (soccer = football) dans le sens ou elles passent leur journée à l’école à faire du bénévolat, à emmener chacun de leur trois ou quatre enfants de l’école à leurs activités extrascolaires : ballet pour la petite dernière, base-ball pour le cadet des fistons et soccer pour l’aîné. Leur job, c’est d’être des mamans avant tout, dévouées corps et âmes à leur progéniture. Je les appelle les « taxi moms ». Elles prennent leur rôle très au sérieux, parfois trop et dans ces cas-là on les surnomme les « chopper moms » (chopper = hélicoptère) parce qu’elles rappliquent illico dès que leur enfant a un problème même mineur avec un ami, un prof ou un coach. Evidemment, je noircie le trait. Elles ne sont pas toutes ainsi mais … 

Vous l’aurez donc compris l’archétype de la maman américaine issue de la classe moyenne ne travaille pas et s’occupe toujours avec le sourire (très important le sourire) de ses enfants. Il faut le vivre au quotidien pour en prendre conscience et cela s’est avéré être un gros choc culturel pour moi, la française, la femme active multifonction qui assume vie professionnelle et familiale. Il existe donc une grosse différence entre le fait d’être une mère en France et aux Etats-Unis. Les attentes sociales des deux côtés de l’océan ne sont pas les mêmes. Selon moi, plusieurs éléments peuvent expliquer cette situation. 

  • L’inexistence de modes de gardes gratuits ou abordables.

Dans l’Illinois par exemple, l’école n’est obligatoire qu’à partir de l’âge de cinq ans. Vous me répondrez qu’en France ce n’est pas avant six ans. Mais aucune mère française n’attend les six ans de son enfant pour le scolariser car nous avons des écoles maternelles publiques qui acceptent les enfants dès l’âge de trois ans (parfois deux ans et demie). Ces structures sont peu développées aux Etats-Unis et coûtent chers. Bon nombre de mamans font donc le choix de rester à la maison et de s’occuper des enfants jusqu'à ce que le petit dernier ait atteint ses cinq ans pour entrer en Kindergarten (l’équivalent de la grande section de maternelle en France).

  • La classe moyenne américaine n’a pas le même niveau de vie que la française. 

Il existe en effet une différence économique entre la classe moyenne américaine et la classe moyenne française. Les salaires américains sont beaucoup plus élevés que les français. Dans un couple issue de la classe moyenne américaine, la mère peut se permettre de rester au foyer à élever ses enfants alors qu’en France les deux membres du couple doivent travailler pour arriver à un même niveau de revenu. Pour information, le revenu réel annuel médian (1) des foyers aux Etats-Unis était de 50 221 $ (soit 33 898 €) en 2009, selon les derniers chiffres officiels alors qu’en France l’INSEE estime en 2008 le revenu médian disponible par ménage à 28 570 €.

  • Etre mère, un statut valorisé et valorisant dans la société américaine contemporaine.

Comme l’explique Rebecca Jo Plant, professeure à l’Université de Californie à San Diego, dans son livre Mom. The transformation of Motherhood in Modern America, la mère est le pilier de la classe moyenne américaine. Non seulement ce sont elles et non les syndicats qui ont obtenu une protection sociale avant même le New Deal, mais elles ont aussi un poids politique et électoral dont aucun candidat à la Maison Blanche ne souhaite se passer. 
Ne travaillant pas obligatoirement, elles s’investissent énormément dans leur communauté et en priorité dans les écoles de leurs enfants autour de projets pédagogiques et festifs, en faisant du fundraising ou encore dans des organisations caritatives. Le bénévolat est très important et valorisé aux USA. Il est aussi fait de manière professionnelle par des parents et plus particulièrement des mères qui ont fait des études supérieures. Ces femmes, même si elles ne travaillent pas au sens classique du terme, sont donc extrêmement actives. Ces expériences bénévoles sont très souvent utilisées comme levier pour trouver et obtenir un emploi lorsqu’elles ont décidé de retourner travailler. C’est aussi une grosse différence avec la France où le bénévolat est très peu reconnu et rétribué même symboliquement. Le retour à la vie active de ces femmes n’est donc pas forcément un problème. 

Cette immersion totale dans la société et le système éducatif américain m’a permis de mieux appréhender le rôle de la mère aux Etats-Unis. Cela me pousse aussi à avoir une réflexion sur mon propre rôle de maman et sur la manière d’équilibrer ma vie professionnelle et familiale. Aujourd’hui, je suis loin d’être une « soccer mom » mais je pense savoir mieux faire la part des choses entre mon activité professionnelle et mes enfants.


Note (1) : Le revenu médian est le revenu qui partage exactement en deux la population : la moitié de la population dispose d’un revenu plus élevé que le revenu médian, l’autre moitié d’un revenu moins élevé.


Cet article a aussi été publié sur Job et Maman, blog pour lequel Véronique tient une rubrique mensuelle. 

Dans votre pays d'accueil, quel est le statut de la mère ? Est-ce que vous avez ressenti une différence, un choc culturel ? Partageons nos expériences pour mieux vivre notre expatriation !

19 commentaires:

  1. Ici, au Royaume-Uni, je retrouve également ce rôle central de la "mom", son implication au sein du PTA (Parents Teachers Association)et autres "charities". L'absence de modes de garde abordables, le début de l'école à 4 ans révolus et une certaine pression sociale expliquent là-encore le nombre élevé de "stay at home" mums. Un vrai choc culturel pour moi aussi, la Française active élevée au son de douces idéologies féministes...

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  2. Tres intéressant cet article! je suis moi même mère expat aux USA et effectivement ici les mères au foyer sont fortement valorisées, les enfants souvent roi et les crèches absolument hors de prix!

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  3. Bonjour a vous deux,
    @ Julie : merci beaucoup pour ce comparatif avec le RU qui va dans le meme sens que la situation americaine. Il y aurait donc un modele anglo-saxon versus un modele latin (europe du sud) ? A creuser.
    @ Desperate French Mom : Merci de confirmer. Je me sens moisn seule !!!
    A bientot sur Expat Forever.

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  4. Tres interessant.
    En Irlande, dans la classe moyenne on retrouve les meme grandes lignes.

    Ici les Au Pair foisonnent pour soulager les mamans hyper-actives. Il y a des ecoles avant 6 ans mais bien souvent il ne s'agit que de quelques heures en matinee. Il faut donc couvrir au mieux le reste du temps et les mamans irlandaises courent ici et la, entre les activites extra-scolaires des enfants (qui sont plus nmbreuses que les jours de la semaine), leur mi-temps ou activites caritatives et leurs copines!

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  5. Merci Marie pour ce commentaire interessant sur l'Irlande. A tres bientot sur Expat Forever.

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  6. Que c'est vrai... Un truc qui m'exaspere un peu dans l'ecole de mes enfants: comment nous ne nous voyons entre nous qu'avec la casquette "Moms". Par exemple, ce soir, c'est la "Moms' night out" pour toutes les meres des enfants d'ECEC3, attention pas de viree Chipendale, mais un sage restau qui on le promet nous permettra d'etre rentrees a 21 ou 22h. Moi, c'est epidermique, je ne supporte pas d'etre vue comme une "mom" avant tout, meme si j'aime profondement mes enfants.
    Et le benevolat, parlons-en. Hier c'etait le Teacher's appreciation day, on a toutes du cuisiner un plat!!!! Je ne me suis pas devouee pour servir, mais je pense qu'il y a du avoir des restes, vu qu'on nous avait demande de cuisiner des portions de 8, "preferably homemade", je cite!!!! tous les jours a l'ecole, je vois des equipes de meres en train de faire du benevolat sur un sujet ou autre, et vas y que je cuisine des Muffins pour l'equipe de foot, que je vende les tickets de la kermesse, etc. Quel contraste avec la France ou l'administration tirerait bientot sur les parents avec du gros sel pour les tenir en dehors de l'ecole.

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  7. ah au fait, mon cherubin ne va a l'ecole que de 8h a midi. L'ecole a plein temps, c'est apres 5 ans
    Et bien je connais des meres qui au lieu de maximiser ces 4 heures de liberte.... restent a l'ecole!!!! Passe leur temps en benevolat puis discutent avec d'autres moms en attendant leurs petits.
    Mais celles qui m'epatent le plus, ce sont les meres d'enfants de KG, 1st ou 2nd grade, qui viennent a l'ecole pour dejeuner avec leurs enfants!!! Si, si... Elles sont convaincues d'agir pour le bien etre nutritionel de leur enfant, mais je pense personnellement qu'ils seraient mieux a profiter de ce temps avec leurs copains. Dingue

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  8. Bonjour,
    suite a un bug de blogger, certains commentaire n'ont pas ete publies. En voici un de Magic Bombay :

    Que c'est vrai... Un truc qui m'exaspere un peu dans l'ecole de mes enfants: comment nous ne nous voyons entre nous qu'avec la casquette "Moms". Par exemple, ce soir, c'est la "Moms' night out" pour toutes les meres des enfants d'ECEC3, attention pas de viree Chipendale, mais un sage restau qui on le promet nous permettra d'etre rentrees a 21 ou 22h. Moi, c'est epidermique, je ne supporte pas d'etre vue comme une "mom" avant tout, meme si j'aime profondement mes enfants.
    Et le benevolat, parlons-en. Hier c'etait le Teacher's appreciation day, on a toutes du cuisiner un plat!!!! Je ne me suis pas devouee pour servir, mais je pense qu'il y a du avoir des restes, vu qu'on nous avait demande de cuisiner des portions de 8, "preferably homemade", je cite!!!! tous les jours a l'ecole, je vois des equipes de meres en train de faire du benevolat sur un sujet ou autre, et vas y que je cuisine des Muffins pour l'equipe de foot, que je vende les tickets de la kermesse, etc. Quel contraste avec la France ou l'administration tirerait bientot sur les parents avec du gros sel pour les tenir en dehors de l'ecole.

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  9. Encore un commentaire de Magic Bombay que blogger n'a pas publie suite au bug de cette semaine :


    ah au fait, mon cherubin ne va a l'ecole que de 8h a midi. L'ecole a plein temps, c'est apres 5 ans
    Et bien je connais des meres qui au lieu de maximiser ces 4 heures de liberte.... restent a l'ecole!!!! Passe leur temps en benevolat puis discutent avec d'autres moms en attendant leurs petits.
    Mais celles qui m'epatent le plus, ce sont les meres d'enfants de KG, 1st ou 2nd grade, qui viennent a l'ecole pour dejeuner avec leurs enfants!!! Si, si... Elles sont convaincues d'agir pour le bien etre nutritionel de leur enfant, mais je pense personnellement qu'ils seraient mieux a profiter de ce temps avec leurs copains. Dingue

    Merci Magic Bombay!

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  10. Excellent article! Ça me rassure car à la naissance de ma fille (bientôt 10 mois), j'ai pris une année sabbatique et j'avais un peu peur que ce soit mal vu pour mon prochain boulot (on a toujours l'intention de s'expatrier aux USA).

    Ici au Mexique, beaucoup de femmes travaillent à cause du manque d'argent et comme les horaires sont épouventables, elles n'ont pas le temps de s'occuper de leurs enfants et il y a de plus en plus de délinquance. C'est pour ça que beaucoup de Mexicains voudraient revenir au mode de vie traditionnel (papa travaille, maman s'occupe de la maison), mais c'est pratiquement impossible de vivre avec un seul salaire.

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  11. Merci Astrid pour ce commentaire tres interessant sur l'evolution de la situation au Mexique.
    A bientot sur Expat Forever.

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  12. Tres bon article. Je pense qu'il est possible aux Etats Unis d'être beaucoup plus 'relax' par rapport a son rôle de mère. La difficulté en France c'est justement l'opposé. Etre 'seulement' maman est un signe d'échec ou de médiocrité. La soci été Française impose une certaine honte à celles qui désirent se dévouer au rôle de mère. Ici c'est la liberté de choisir sans pression particulière (autre que financière évidemment.)

    http://www.hiddeninfrance.typepad.com/

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  13. Merci Corine pour ce commentaire. Tu resumes tres tres bien la situation.
    A bientot sur Expat Forever.

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  14. Hum, je ne suis pas trop d'accord sur l'aspect financier, et l'idee selon laquelle la classe moyenne americaine aurait un niveau de vie meilleur qu'en France. D'apres les chiffres que vous citez, le revenu median moyen est relativement equivalent (33KE vs. 28KE) surtout sachant qu'en France il y a beaucoup plus d'avantages sociaux, par exemple la secu, les conges payes, conges maternite payes et conges parentaux pour n'en citer que quelques uns. Je pense que ca compense largement la difference de revenus de 5KE annuels. Par contre, les frais de creche/garderie sont extremement eleves (a DC, $1,000 par mois est considere comme une affaire!) jouent certainement pour beaucoup dans la decision d'un parent (souvent, la mere...) d'arreter de travailler pour s'occuper de ses enfants. En l'occurrence, il faut vraiment etre bien paye pour que ca vaille coup de travailler a plein temps et de depenser au bas mot $12,000 (mais plus certainement $15,000+) par an en frais de garde d'enfant!

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  15. Bonjour Aisling et merci pour votre commentaire qui apporte un point de vue different a mon billet. Et j'en suis contente, car je pense qu'un blog et son contenu sont faits pour etre discutes, contredits et donc approfondis.
    A bientot sur Expat forever.

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  16. Je me retrouve beaucoup dans cet article, moi meme expatriée aux US depuis 2 ans, maman de 2 enfants; je fais et j'ai fait le meme constat.
    merci pour ce bel article
    Aline

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    1. Merci Aline pour ce commentaire tres sympa.
      A bientot sur Expat Forever

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  17. Je vous conseille le livre de Judith Warner : Pure Madness pour relativiser le bonheur des mères américaines de la classe moyenne

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